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Episode 3 – Belle tornade

(ou comment la confiance peut parfois se retourner contre nous)

Quand le deuxième ouragan s’est annoncé — appelons-le belle tornade — j’ai fait la maline.

Très sûre de moi.
Très détendue.
Très « à l’aizzzzzzzzz ».

Après tout, je l’avais déjà fait.
J’avais accouché.
J’avais survécu.
J’étais officiellement expérimentée.

Et puis il y avait la vraie vie.
Petit cyclone occupait une place énorme.
Il prenait du temps, de l’énergie, de l’attention.

Alors non, je n’ai pas refait de préparation à la naissance.
Pourquoi faire ?
Je savais déjà.

Quelle erreur.
!!!!!!!!!!!

 

Le jour où tout à basculé

Le jour J, belle tornade a explosé sa poche des eaux.
Pile à terme.
Avec ses 4,2 kg bien décidés à faire une entrée remarquée.

Et là…
panique totale.

Pas une petite inquiétude discrète.
Non.
Une vraie panique, brute, envahissante.

Avec le recul — et mon nouveau chapeau à pompon bien vissé sur la tête — je peux mettre des mots dessus :
mon crocodile avait pris le pouvoir.

Dents sorties.
Griffes dehors.
Coups de queue dans tous les sens.

Même l’ours n’était pas de taille

Mon ours a fait ce qu’il a pu.
Vraiment.

Il a essayé de me parler.
De me rassurer.
De m’ancrer.

Mais face à une femme en pleine activation de son système de survie…
même un ours fabuleux atteint vite ses limites.

Ce jour-là, j’ai perdu quelque chose d’essentiel :
le sentiment de sécurité.

Et quand la sécurité s’effondre, tout devient plus difficile.
Plus douloureux.
Plus confus.

Une lumière dans la tempête

La seule vraie aide dont je me souvienne clairement, c’est celle d’une sage-femme formée à l’haptonomie.

Avec douceur, elle a réveillé en moi quelques petites choses déjà connues.
Des sensations.
Des repères.
Un début de retour à moi-même.

Françoise, gloire à toi.

Grâce à elle, j’ai pu, par moments, sortir la tête de l’eau.
Respirer.
Me reconnecter.

Mais cette naissance-là m’a laissée avec un goût amer.

“Ce n’est pas possible d’accoucher comme ça”

Après la naissance de belle tornade, une phrase tournait en boucle dans ma tête :
ce n’est pas possible d’accoucher comme ça.

Pas pour moi.
Pas pour les femmes.
Pas sans comprendre.
Pas sans soutien.

Je ne savais pas encore ce que j’allais en faire.
Je ne savais pas encore où cela allait me mener.

Mais je savais une chose :
quelque chose devait changer.